Paule Cournet a participé le 5 décembre dernier à la Conférence d’automne 2025 de la Guilde des Plumes. Elle partage ses notes prises lors de l’échange entre Victoria Grenier et Valérie Van Oost. Merci Paule et bonne lecture !
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Sommes-nous tous enfermés dans nos bulles ? Telle est, en substance, la question que posait à ses troupes la Guilde des Plumes à l’occasion de sa Conférence d’automne organisée à la Maison de la Conversation à Paris le vendredi 5 décembre.
Pour y répondre, des plumes engagées, passionnées et triées sur le volet, ont accepté de venir présenter leur parcours et leurs idées du métier – et au-delà parfois -, à l’heure des révolutions de l’AI et d’une communication qui semble se jouer, travers de notre époque, dans des couloirs de nage de plus en plus étroits.
Parmi elles, la dessinatrice, storyboardeuse et réalisatrice Victoria Grenier, aux univers multiples, a pu témoigner de l’interpénétration des différentes bulles qu’elle fait virevolter autour d’elle, depuis son plus jeune âge, pour atteindre son but et faire vivre sa vocation : dessiner. Légère, sensible, appliquée et impliquée, la croqueuse d’actualité n’en est pas moins résolument volontaire et déterminée. Son chemin en atteste. Issue d’une famille de scientifiques, elle se résout à « faire médecine » – « un vrai métier », comme disaient alors ses proches -, par dépit.
Si ce milieu qu’elle connaît bien depuis l’enfance lui est familier et plutôt plaisant, Victoria le reconnaît elle -même, elle n’avait pas « la fibre ». « Ça ne me déplaisait pas, mais pour être médecin, raconte-t-elle, il faut la vocation ». Son inclination à elle, c’est plutôt dans des bulles, pour le coup, qu’elle se matérialise. Celles des bandes dessinées, des images de dessins animés dont elles s’abreuvent et qu’elle abandonne presqu’aussitôt pour construire ses propres histoires. Alors, quand elle rate médecine, forcément, elle n’hésite plus une seule seconde à prendre son destin à bras le corps, direction Paris où elle s’inscrit à l’Atelier de Sèvres, une école supérieure d’art et d’animation, pour laquelle elle produit un film primé plusieurs fois et qui lui ouvre les portes de Disney.
Réactivité et spontanéité
Mais touchée par des grands moments d’actualité comme les attentats de 2015 à Paris ou le feu de Notre-Dame, elle se tourne vers le dessin de presse. « C’est naturellement que j’ai commencé à faire des dessins et à les envoyer aux journaux, pointe-t-elle encore. Mais je me suis vraiment impliquée quand j’ai eu l’opportunité de dessiner pour le magazine Or Normes et de rejoindre l’association Cartooning For Peace, un réseau international fondé par Plantu afin de soutenir la liberté d’expression des dessinateurs du monde entier. »
Suivant les conseils de ses aînés, elle apprend à être extrêmement réactive sur les faits d’actualité et propose des dessins extrêmement élaborés dans les heures qui suivent les événements, à l’instar de ce croquis du nouveau maire de New York envoyé au Canard Enchaîné dans la matinée même de son élection. A partir de là, ses collaborations avec la presse vont aller en s’intensifiant et elle réussit même à se faire accréditer à l’Assemblée nationale où elle croque les questions au gouvernement. Un exercice où elle fait coexister ses bulles de créativité, rédactionnelles et graphiques, afin de sensibiliser le plus grand nombre, espère-t-elle, à la chose politique : « Le but est de pouvoir faire comprendre, en un seul coup d’œil, en un dessin, un résumé de deux heures de questions au gouvernement. Souvent, je commence par le dessin, mais je dois en même temps me concentrer sur les phrases les plus percutantes pour pouvoir les sélectionner », explique-t-elle. Si elle entend rester la plus spontanée possible dans la création, elle n’hésite pas, soucieuse des informations qu’elle véhicule, à repasser les séances en replay pour vérifier l’exactitude des phrases prononcées.
De plus en plus sûre de ses choix éditoriaux, elle n’hésite pas à revenir sans cesse à ses sujets de prédilection, parmi lesquels la place de la femme dans la société, pour développer des projets personnels qui devraient voir le jour en 2026. « Je me rends compte que j’ai envie d’utiliser le dessin pour parler de choses intimes que je considère comme importantes, dit-elle, et leur donner une vision personnelle. Je considère le dessin comme un outil puissant de communication, un outil qui peut permettre de dire beaucoup de choses ».
« Depuis l’enfance, écrire et dessiner font partie pour moi d’un même processus. Déjà petite, je rêvais de faire des BD », s’amuse cette jeune femme exemplaire de ténacité et de détermination. Sans surprise, ses projets à venir mêleront cette envie à son goût pour la politique. La preuve, par Victoria Grenier, qu’il ne faut jamais rester dans la bulle que d’autres ont dessinée pour vous. Savoir en sortir pour mieux construire la sienne permet, paradoxalement, d’y inviter à entrer le monde entier.