Il y a quelques jours, j’ai quitté mes fonctions de Présidente de La Guilde des Plumes.
Derrière ce nom un brin désuet se cache une association aujourd’hui installée, reconnue, qui défend une certaine vision des métiers d’écriture et une exigence commune face au langage pour dire le monde.
Au moment de tourner un chapitre de 7 années d’implication – en tant que simple adhérente, puis vice-présidente et présidente -, j’ai ressenti une forte émotion.
Pour moi, la Guilde des Plumes est et restera une grande famille. Un collectif dont on franchit la porte un jour sans trop savoir si on en est, et où on se sent chez soi.
Une association portée au fil des années par des personnes formidables avec qui j’ai eu la chance de cheminer : Anne, Antoine, Florence, Benoit, Charline, Violaine, Bénédicte, Hocine, Antonin, Hadrien, Ariane, Pierre, Chloe, Renée, Louis, Laurent, Alexandra, Matthieu, Léon, Lola, Marion, Elodie, Hugo, Valérie.
Une association dans laquelle j’ai essayé de maintenir une écoute. De créer un espace ouvert, où chacun puisse venir avec ses projets et prendre sa place. Un espace de débat, d’échange, avec nos conférences d’automne, nos ateliers et visios. Un espace de création, avec notre podcast et la résidence d’écriture annuelle pour donner vie, aussi, aux projets d’écriture en son nom.
Aujourd’hui, un Conseil d’administration renouvelé a pris sa place. Bravo à toustes et à Samy qui a rejoint l’équipe !
Il y aura de quoi oeuvrer avec l’année politique qui s’annonce. L’IA, dont on parle à la Guilde depuis longtemps déjà.
Je crois que le langage est un matériau formidable que l’on peut fossiliser en système fermé ou au contraire maintenir vivant, comme une terre féconde qui se transforme chaque jour. Pour cela, nous avons besoin de plumes d’horizons variés, qui persistent et signent pour lutter contre l’uniformisation du langage et des pensées.
Aux personnes présentes lors de notre assemblée générale, je n’ai pas asséné un long discours. Mais j’ai partagé quelques mots qui composent les pôles névralgiques de mes réflexions en cours.
D’abord le mot « éclore », qui contient le verbe clore. Sans doute faut-il savoir refermer certains chapitres pour en ouvrir de nouveaux.
Je crois de plus en plus dans le pouvoir d' »écrire ». Écrire tout court. Ni pour, ni contre. Être moins la plume d’une personne, d’une organisation, que la plume d’un monde vivant.
« Décrire » aussi, donner à voir avec générosité, à la manière d’Élisée Reclus dans Histoire d’une montagne et Histoire d’un ruisseau. C’est un exercice ardu, ambitieux, poétique. Peut-être politique aussi. Chercher à dire le détail et le tout, les interdépendances, plutôt qu’un vrai qui n’est souvent qu’une fraction.
Nous vivons une temporalité où les mots sont partout et nulle part à la fois. L’image est omniprésente, si multiple qu’elle finit par obscurcir à force de nous matraquer.
Alors à la manière d’Édouard Glissant, je veux voir dans le langage une poétique de la relation.
Publié originellement sur LinkedIn par Ingrid le 23 avril 2026