Le blog de la Guilde des Plumes

Dix erreurs à éviter dans un discours

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1.Ne pas préparer son discours

Bien sûr vous maitrisez votre sujet, enfin à peu près, bien sûr vous avez du talent dans la spontanéité, bien sûr le naturel et la décontraction sont préférables à la lecture hésitante d’un texte…

D’ailleurs me direz-vous, nous devons à l’improvisation certains des meilleurs discours ever comme le fameux « I have a dream » de Martin Luther King.

Sauf que l’on confond improvisation et impréparation. L’improvisation est un art qui nécessite de maîtriser en profondeur le fond et la forme de son message. On peut même dire que l’improvisation ne s’improvise pas mais repose sur une pratique tellement assidue et intériorisée qu’elle permet le lâcher prise et la virtuosité comme dans le jazz ou l’Aïkido.

Donc mieux vaut lire (et bien lire) son discours que se risquer imprudemment dans cet exercice de haut vol.

Laurent JAUFFRET

2. Convaincre au lieu de persuader

Les gens oublieront ce que vous avez dit, ils oublieront ce que vous avez fait, mais n’oublieront jamais ce que vous leur avez fait ressentir. 

Cette affirmation de Maya Angelou mériterait de figurer en gros, en gras et en surligné en haut de chaque page d’un discours. 

Une plume de Barack Obama racontait qu’au moment de sa campagne de 2008, il avait choisi de décorer le bureau des speechwriters de photos de gens, et non de citations illustres. Pour garder en tête celles et ceux que les discours devaient servir: l’audience.

Repensez aux derniers discours qui vous ont marqué. Ce ne sont ni les chiffres, ni les concepts et encore moins les plans à 10 ans qui ont emporté votre adhésion. C’est le souffle, l’authenticité, l’alignement entre l’orateur.rice, son propos et vos préoccupations qui ont fait le moment. C’est la beauté d’une phrase, la vulnérabilité d’un silence qui ont créé un élan.

N’ayez pas peur de vos émotions en écrivant et en parlant. Elles font la force d’un discours.

Anne PEDRON-MOINARD

3.Ne pas prendre en compte son auditoire

Rester dans l’ombre. Embrasser l’esprit d’un autre que soi. A cet exercice, les plumes sont aguerries. Elles savent servir la pensée de celui qui dit.

Elles en oublient parfois que pour parler il faut être entendu. Et que derrière l’orateur se dissimulent des inconnus. 

Attentifs et distraits à la fois, ils sont de ceux que l’on ne côtoie pas. 

Ce sont eux, pourtant, que vos mots doivent transpercer. C’est d’eux, assurément, dont vous devez parler.

Enquêtez sur leurs désirs. Sondez leurs particularités. Leurs rêves sont à l’image de votre plume. Multiples et singuliers.

Mais attention. Sans y prendre garde, leurs attentes peuvent devenir votre prison. Vos mots manqueront alors de courage et de révolution.

Ils resteront suspendus. L’ultime question n’étant pas résolue. Où s’arrête votre réflexion et où commence votre démonstration ?

A privilégier l’argumentaire au détriment de ses allocutaires, on prend le risque d’une écriture désincarnée. On s’exprime, sans se soucier, de l’impact que nos mots peuvent provoquer.

Charline BIRAULT

4. Vouloir trop en dire

« Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont deux principes majeurs de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir. » Cette phrase de ma professeure de théâtre ne m’a pas quittée depuis mes 9 ans. Faut-il y voir les prémices d’une vocation de plume ? Ou bien l’efficacité un peu rustre, sans fioriture, qui dit peu mais bien.

 Le travail de toute plume assermentée est bien sûr de muscler le discours. De travailler les chiffres, les idées, leur véracité. De montrer la maîtrise d’un sujet, mais plus encore de le rendre accessible, intelligible, de l’articuler au réel.

Votre auditoire ne retiendra ni la technique imperméable, ni l’énième chiffre expert. Il retiendra quelques idées fortes et incarnées. Il gardera l’émotion que vous avez su provoquer.

C’est aussi votre mission de plume que de tisser cette relation de confiance pour que votre orateur, votre oratrice, s’autorise à lâcher ce filet de sécurité d’une expertise portée en étendard.

Alors chères plumes zélées, plutôt que de multiplier, densifiez. Dites peu, mais bien.

Ingrid LEDUC

5. Ne préparer que le discours

Il est prêt, c’est sûr. C’est un discours ciselé, vivant, clair, percutant. L’audience comprendra, elle sera portée vers l’action.

L’orateur monte sur scène et inspire profondément pendant que sa plume, dans l’ombre, retient sa respiration.

Il se lance et là, c’est le drame :

Le regard est fuyant. La voix lasse, le débit monotone, sans pause. Le corps est figé. Sans énergie. Les bras ballants, notre orateur débite son discours.

L’audience est ailleurs. La lueur blanchâtre des portables que celle-ci rallume un à un blesse la plume dans l’ombre. C’était son plus beau discours.

La voilà l’erreur : s’arrêter au point final. Ne préparer que le discours.

Collaborateurs, plume ou dircom, n’omettez jamais d’aider à préparer l’orateur. Avec lui ou avec elle, parlez de la communication non-verbale : le regard, la voix, la gestuelle. Cherchez la bonne énergie. 

Si les mots sont importants, trouvez le temps nécessaire pour des entraînements.

Bénédicte DEMARLE

6. Multiplier les citations

Hypocrite plume, mon semblable mon frère, tu espères impressionner l’auditoire par ton érudition et tu parsèmes tes discours de citations.

Exercice périlleux, à plus d’un titre : nous sommes en effet nombreux à en avoir assez des formules usées comme le « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! », utilisé pour inaugurer un port de plaisance ou une cabine de plage.

Le péril est également grand à lancer des citations inexactes : Voltaire se moque de ton avis et il ne se battra pas jusqu’au bout pour que tu puisses le dire.

Surtout, l’abus de citations illustre bien moins la culture que le pédantisme. Sauf dans de rares cas où une formule bien adaptée te vient spontanément, ne cherche pas à émailler à tout prix ton propos de références.

Ne force pas ta nature et le public appréciera : à te regarder, ils s’habitueront !

Antoine MOMOT

7. Mal utiliser les chiffres

Des lettres, tu n’en manques pas, toi qui manies la plume comme un mousquetaire le fleuret, toi le khâgneux invétéré qui n’aimes rien tant que gratter du papier et tâter de la page blanche. Et pourtant, tu l’as contracté, ton syndrome honteux, cet herpès sur ta plume, ces varices sur la belle ligne de tes iambes tout à la préparation d’un vibrant discours de vœux, voilà que tu t’enlises dans le montant des subventions, dans les gros dispositifs publics et les tangibles bénéfices, dont la force de séduction semble tenir plutôt de la magie que de l’argument rhétorique.

Oui, c’est indéniable : un discours sérieux ressemble, de nos jours, à une émission des chiffres et des lettres – en politique comme en affaires. Comme dans ce programme que regardaient tes aïeux, les lettres doivent être chiffrées, les idées lucratives, chaque réalité évaluée du point de vue de sa rentabilité. Bientôt, faudra-t-il se contenter du nombre de lecteurs des Misérables plutôt que de se laisser doucement bercer par la magie du verbe hugolien ? Sommes-nous prêts à entendre débiter le Projet de Loi de Finances recto tono, pour faire l’économie d’un projet de société?

Pourtant, comme l’exposait si bien Émile Beaufort, campé par un Jean Gabin éblouissant dans le Président d’Henri Verneuil (1961) : « En écoutant Monsieur Chalamont, je viens de m’apercevoir que le langage des chiffres à ceci de commun avec le langage des fleurs : on lui fait dire ce que l’on veut ! Les chiffres parlent mais ne crient jamais ! […] Permettez-moi messieurs de préférer le langage des hommes, j’le comprends mieux ! »

Rien à ajouter. Sinon que toute donnée numérique, scientifique, historique ne peut être avancée que pour illustrer un argument, mais qu’en aucun cas, ces mêmes chiffres ne prouvent quoi que ce soit. A l’heure où l’on veut tout « fact checker » (au secours), il est d’ailleurs cocasse que l’on soit encore hypnotisé par ces petits symboles mathématiques, qui changent tout le temps selon l’angle que l’on choisit pour les lire.

Mon conseil : manie donc le chiffre avec précaution. Et même sous la menace et la pression, garde toi de le prendre trop au sérieux, au risque de finir avalé par le python du Livre de la Jungle.

Violaine RICARD

 

8. Préciser « Je ne vais pas être long » 

Invariablement, les discours trop longs comportent cette formule.

N’oubliez jamais que le locuteur et l’auditeur ne vivent pas dans le même espace temps. Pour l’un une heure peut sembler durer une minute et inversement. Et donc suivant votre position, le terme « long » n’a définitivement pas la même signification !

Mentionner la longueur de son propos a en général pour but de se faire pardonner de ne pas être aussi intéressant qu’on le devrait et de compenser ce défaut par la brièveté. En réalité, vous ne faites que dévoiler à votre audience votre manque d’assurance et attirer son attention sur la durée du discours au détriment de son contenu.

Si vous souhaitez annoncer votre temps de parole, donnez-en une mesure précise et objective : 5 minutes ou 5 heures, éventuellement assortie dans ce second cas d’un commentaire encourageant du type « j’espère que vous êtes confortablement installés »…

Laurent JAUFFRET